«Ces fragments ont été retrouvés sur la côte Aquitaine. On peut les dater de la seconde moitié du XXème siècle ou du début du XXIème siècle, l’âge du Polymère ou plastique.

Du latin plasticus ou du grec πλαστКός, plastikos « relatif au modelage ». Ces objets faisaient sans doute partie de la vie quotidienne des populations durant la seconde moitié du XXème siècle car on a pu en trouver en très grande quantité et ce, sur toute la surface de la Terre.

Certains objets par contre, semblent issus du secteur industriel de cette civilisation. On notera une grande diversité formelle ce qui prouve une recherche au stade de la conception de l’objet.
Certains de ces fragments, n’ont pu être identifiés encore à ce jour.»


Laurence Nourisson

 
" L’archéologie se repaît de détritus. Elle retrace l’histoire des sociétés du passé souvent -mais pas uniquement- à partir de leurs déchets, qu’il s’agisse de fragments d’objets ou de reliefs de repas. Cette histoire est néanmoins tronquée car seuls certains matériaux résistent presque inexorablement au temps, comme la pierre, la terre cuite, le métal, le verre, et parfois l’os, la corne, les coquilles. En ce sens, le caractère indestructible du plastique en fait un matériau de choix à partir duquel les archéologues du futur pourront reconstituer l’histoire de nos sociétés industrielles. Si nos archives numériques « dématérialisées » disparaissent, le plastique, lui, sera toujours là, partout dans notre environnement. Qu’il devienne rare et il n’en aura que plus de valeur aux yeux des civilisations futures qui lui accorderont une portée historique, mémorielle, voire esthétique.

 

Aujourd’hui, c’est l’aspect négatif du plastique qui prédomine car il est considéré comme un polluant omniprésent et inesthétique. Il renvoie à une question qui existait déjà dans les sociétés anciennes et préindustrielles, celle de la gestion des déchets, de la toxicité de ceux-ci et des répercussions sanitaires. Or, à l’ère de l’Anthropocène, nous n’avons plus affaire à des cas de pollutions ponctuelles, mais à une généralisation sans précédent qui met en danger la survie de l’Humanité.

 

Pour que des archéologues du futur puissent étudier nos déchets plastiques et les mettre en valeur dans des musées comme autant de précieux témoignages de notre époque, encore faudrait-il rapidement ramener la production de ces « artefacts » à des proportions plus raisonnables et stopper leur dispersion tous azimuts. "

 

Florence Verdin, 


Archéologue, chargée de recherche au CNRS, Institut Ausonius, Maison de l'archéologie de
l'université de Bordeaux Montaigne


À travers son travail artistique, Laurence Nourisson nous plonge dans cet avenir si proche en nous exposant comme des vestiges à travers le symbole de notre société : le plastique. Ici, cette gloire à la consommation qui nous a tant animé fini par nous perdre. !
 
Depuis 27 ans, Laurence Nourisson travaille avec des déchets et depuis 2000, elle utilise uniquement du déchet plastique, ce matériau s’étant imposé comme signe évident de notre temps. Elle met en scène des fragments trouvés au gré de ses marches. Fragments rayés,
patinés, souillés, éraflés, brûlés par les éléments et le travail du temps. Ces restes fragiles ayant perdu toute fonction d’usage et d’échange s’offrent au regard sous forme d’objets de musée. L’artiste se met dans la peau d’un archéologue peu scrupuleux qui reconstituerait des pièces n’ayant jamais existé à partir de fragments. Cela l’a amené à considérer le discours scientifique accompagnant les pièces archéologiques et ethnographiques des musées; elle s’est alors particulièrement intéressée aux cartels accompagnant les objets de ces musées destinés au public.

Ces dernières années, c’est sur un ton léger, ironique et coloré qu’elle interroge la préservation du patrimoine, des vestiges, de leur mise en scène et leur commercialisation dans l’espace muséal.

Dans le projet « Archéologie du devenir », la réflexion environnementale, par le biais de l’archéologie, prend appuie sur le passé pour envisager l’avenir, tout en questionnant nos comportements présents. Les fouilles archéologiques les plus récentes remontent à la Seconde Guerre mondiale, alors la question se pose : qu’allons nous voir dans nos musées du futur ? Ou plutôt, que voulons-nous y voir … ?
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Informations / Ateliers www.gironde.fr/agenda